Catégorie : Réflexions

  • La mémoire des moments heureux…

    La mémoire des moments heureux…

    Sans doute, connaissez-vous l’adage : « Les gens heureux n’ont pas d’histoire » ?

    S’il est vrai que notre mémoire est jalonnée d’expériences difficiles ou désagréables, c’est de la responsabilité de notre configuration neuronale ! Notre capacité à retenir le négatif dans la vie nous facilite sans aucun doute la tâche : celle d’éviter certaines répétitions calamiteuses.

    Quelles sont alors les clés pour influencer le cours de nos habitudes mentales ?

    Il existe bien « un art de se créer de beaux souvenirs » ! C’est le sujet du livre dont je vous suggère la lecture aujourd’hui.

    L’auteur est Meik Wiking, président de l’Institut de Recherche sur le Bonheur à Copenhague. A son actif, un best-seller : « Le livre du Hygge », qui nous décrivait le bonheur à la danoise.

    Dans cet opus-ci, nous sommes invités à suivre les conseils d’un connaisseur ! Il s’agit, en effet, de nous outiller pour graver en nous les meilleurs moments de notre existence.

    Miek voyage dans ses propres souvenirs aux quatre coins de la planète, va où la créativité le pousse, élabore une charte de bonne conduite du bonheur, propose assistance et astuces afin de ramener ou de laisser émerger le meilleur de notre vie. Enfin, il étaye son propos par les apports des neurosciences.

    Nous reviendrons, dès lors, sur des moments parfaits, comme les premières fois heureuses. Qui ne se souvient pas de son premier baiser ? Nous retrouverons, grâce aux agendas, même succincts, les souvenirs égarés dans les méandres de notre mémoire. Nous nourrirons, au travers des nombreuses anecdotes rapportées au cours de ce parcours, notre capacité à générer les événements constitutifs de nos futurs bons souvenirs !

    La démarche relève à la fois d’une démonstration scientifique et d’un récit autobiographique.

    Il nous est rappelé que :

    • la qualité de notre attention influence considérablement la qualité de notre mémoire magique des bons moments,
    • le regard porté sur le passé peut le transformer,
    • l’humour permet de revisiter positivement des pans entiers d’expériences plus ou moins ratées,
    • le moi expérimental et le moi mémoriel (celui qui est chargé de raconter l’histoire de notre vie) ne sont pas toujours d’accord entre eux,
    • se souvenir, c’est se raconter encore et encore les bons passages de la vie.

    L’ouvrage se lit avec facilité, il est joliment agrémenté de photos et de dessins. Cela tient du carnet de voyages et du journal intime.

    Bonne lecture.

    Meik Wiking, L’art de se créer de beaux souvenirs. Comment créer et garder en mémoire les moments heureux. First Editions.

  • S’alléger, vraiment ?

    S’alléger, vraiment ?

    Je prépare un atelier autour de cette idée : s’alléger et se désencombrer.

    Je pensais le sujet assez simple. Il ne l’est pas.

    Se désencombrer n’est pas nécessairement s’alléger. Enlever beaucoup ne rend pas toujours plus léger. Et parfois, rien ne disparaît, mais le poids change.

    Alors les questions arrivent.

    Pourquoi gardons-nous certaines habitudes, responsabilités ou certains liens ? Que préservent-ils ? À quels besoins répondent-ils ? Et pouvons-nous toujours nous en défaire ?

    Les réseaux sociaux offrent quantité de réponses, souvent remarquablement présentées : lâcher prise, poser ses limites, éliminer ce qui encombre, penser davantage à soi…

    Face à ces réponses rapides, je m’interroge surtout sur ce que signifie accompagner.

    Peut-être d’abord créer un espace où une question peut vraiment être pensée.

    Trouver celle qui rejoint l’expérience singulière, plutôt que celle qui conduit vers une réponse déjà prévue. Clarifier une intuition. Faire apparaître une contradiction. Regarder autrement ce qui semblait évident.

    Certaines questions peuvent aussi aider chacun.e à repérer ce qui freine, ce qui retient, ce qui rend un changement difficile. À condition d’être posées avec assez de délicatesse pour ouvrir la réflexion plutôt que suggérer la réponse.

    Accompagner serait alors moins apporter une réponse que permettre à chacun.e de construire la sienne, en retrouvant confiance dans ce qu’il ou elle perçoit et dans sa capacité à choisir.

    C’est peut-être pour cela que cet atelier me demande tant de précautions.

    Il ne s’agit pas de savoir de quoi chacun.e devrait s’alléger.

    Mais de créer les conditions pour pouvoir se le demander vraiment.

    Je préfère nettement « ce qui freine, ce qui retient, ce qui rend un changement difficile » : cela laisse ouverte la possibilité qu’il s’agisse d’un frein intérieur, mais aussi d’une contrainte tout à fait réelle. C’est important au regard de ce que nous avons travaillé sur « je ne veux pas / je ne sais pas / je n’ose pas / je ne peux pas ».

  • Carnets, à feuilleter

    Carnets, à feuilleter

    Je m’interroge beaucoup.

    Une question en appelle une autre, croise une expérience, une rencontre, une lecture. Certaines passent. D’autres s’attardent, résistent, demandent à être creusées.

    Elles deviennent parfois des Réflexions que j’ai envie — ou besoin — de partager. Certaines naissent aussi de ma pratique de l’accompagnement et des questions qui s’y invitent.

    Je lis beaucoup aussi. Avec passion, voracité et presque toujours un crayon à la main.

    Je lis pour vivre et je vis pour lire.

    Parler d’un livre est forcément un parti pris. Il y a celui qui fait vibrer, celui qui offre un vrai bonheur de lecture. Et puis celui dans lequel la posture de l’auteur, son style ou son engagement font mouche et rejoignent profondément ma manière d’accompagner.

    Ce sont ces rencontres que je partage dans Lectures.

    Et puis il y a les Fragments.

    La nature m’apaise et j’aime les mots. De ces deux plaisirs est né, presque sans que je le décide, un petit chemin créatif.

    Je photographie les instants où quelque chose m’arrête : une lumière, un reflet, une forme, un mouvement. Une fulgurance parfois, dont l’image garde la trace.

    Plus tard, quelques mots peuvent venir la rejoindre.

    L’image d’abord. Les mots ensuite.

    Réflexions, Lectures, Fragments : trois chemins à parcourir dans l’ordre ou le désordre, au gré de ce qui vous arrête.

  • Trente mille jours…

    Trente mille jours…

    Je m’interroge sincèrement sur les bienfaits présumés de toutes ces injonctions autour du bien-être impérieux, du bonheur sans relâche, de la sérénité modélisée et de la positivité inconditionnelle.

    Faut-il être sceptique et ricaner devant cette quête devenue omniprésente ? Se convertir avec enthousiasme aux recettes du bonheur ? Ou choisir une posture en demi-teinte, faite de tentatives, de doutes, de nuances et de quelques certitudes incertaines ?

    Cette dernière voie me convient assez bien.

    Et puis, il y a cette idée vertigineuse : une vie compte, plus ou moins, trente mille jours.

    Trente mille jours.

    Dit comme cela, c’est si peu…

    Alors, comment ne pas dilapider ce précieux capital par inattention ?

    Que veut dire le mot « bonheur » dans la panoplie quotidienne de nos états d’âme ?

    Nos pensées, nos ressentis, nos émotions se mêlent et s’emmêlent. Et il semble parfois si compliqué de se sentir bien, simplement, sans exaltation particulière, sans moments extraordinaires, malgré la routine, les contraintes ou le chaos de la vie quotidienne.

    Peut-être avons-nous aussi à apprendre à reconnaître ce qui est là lorsqu’il ne se passe rien d’exceptionnel.

    Le temps file entre les doigts.

    À force d’attendre le meilleur, le mieux, l’autre part ou l’autrement, nous risquons de traverser certains moments sans vraiment les regarder.

    Alors, restons les écrivains de notre histoire. Revisitons-en quelques chapitres, tirons-en ce qui peut encore nous servir et ajoutons, lorsque c’est possible, un peu de fantaisie et d’humour.

    Je garde ce pressentiment : il est précieux de s’offrir parfois une pause réflexive autour de ce qui fait sens et plaisir pour soi.

    Et de laisser une place à la gratitude, même lorsque tout n’est pas comme nous l’aurions voulu.

    Non pour se convaincre que tout va bien.

    Mais pour ne pas laisser ce qui manque, déçoit ou résiste nous rendre aveugles à ce qui est déjà là.

    Trente mille jours.

    Cela mérite peut-être que nous y prêtions attention.

  • La liberté de choisir ses mots

    La liberté de choisir ses mots

    J’aime les mots. Je les aime pour leur force et leur douceur, leur musique, leurs capacités évocatrices. Leurs limites aussi.

    Et écouter les mots utilisés par les autres me fascine.

    Les mots que nous choisissons influencent notre manière de penser. Et notre manière de penser influence, à son tour, les mots que nous choisissons.

    C’est fascinant et inquiétant à la fois.

    Prêter attention à son propre vocabulaire permet parfois d’entendre autrement ses réflexions, ses jugements, ses ruminations ou ses certitudes.

    Certains mots enferment. D’autres ouvrent une possibilité, introduisent une nuance, déplacent légèrement le regard.

    Il ne s’agit pas de penser « correctement », encore moins de repeindre artificiellement ce qui nous arrive avec des mots plus positifs. Mais plutôt de repérer les expressions qui reviennent, les petites ritournelles intérieures auxquelles nous finissons par ne plus prêter attention.

    « Je dois » en est une.

    Que se passe-t-il si je m’arrête un instant sur ces deux mots ?

    Qui ou quoi m’impose ce devoir ? Est-il réellement incontournable ? Est-ce encore mon choix ? Puis-je le remplacer par « je veux », « je choisis », « je préfère »… ou constater, au contraire, que je dois vraiment faire quelque chose dont je me passerais volontiers ?

    Le changement d’un mot ne change pas magiquement la réalité.

    Mais il peut changer la question que je me pose.

    Dans l’accompagnement, cette attention portée aux mots est précieuse : écouter, reformuler, relever une expression qui revient, s’arrêter sur un mot plutôt que sur un autre.

    Parfois, quelques mots suffisent à ouvrir un chemin de traverse dans une pensée devenue un peu trop familière.

    Et à retrouver un peu d’espace pour choisir.