Il y a des colères qui ne passent pas.
Des blessures qui restent vives malgré le temps, des tensions intérieures qui finissent par envahir les relations, le quotidien ou l’image que chacun peut avoir de soi-même.
Depuis quelque temps, je m’interroge sur ce qui maintient certaines blessures si présentes, sur les reproches qui ne s’effacent pas et sur la manière dont certaines histoires familiales continuent d’agir silencieusement dans les vies adultes.
Une question revient souvent dans les accompagnements ou les échanges : celle du lien aux parents. Qu’il soit conflictuel, absent, ambigu ou encore très présent, ce lien semble parfois continuer à influencer profondément certaines manières de réagir, de se protéger ou de souffrir.
Ces réflexions m’ont amenée vers l’ouvrage Vos parents ne sont plus vos parents, de Marie-France et Emmanuel Ballet de Coquereaumont, puis vers l’exploration du concept d’« enfant intérieur » — un terme qui, jusqu’à présent, ne m’attirait pas particulièrement. Sans doute parce que je le connotais de manière un peu simpliste et que je me méfiais de l’abondance de son usage.
Pourtant, derrière cette expression se cache peut-être quelque chose d’essentiel : la persistance de blessures anciennes, de besoins non entendus ou de colères qui continuent à chercher une forme de reconnaissance.
Je m’interroge aussi, avec prudence, sur ces situations où certaines personnes semblent rester enfermées dans une colère très vive envers leur histoire familiale, comme si l’apaisement demeurait hors de portée. Je comprends profondément que cela puisse être le cas dans des situations graves de maltraitance ou de violence.
Mais dans d’autres histoires, plus nuancées, une question me traverse :
À quel moment la colère cesse-t-elle de protéger pour commencer à enfermer ?
Et quels chemins permettraient progressivement de ne plus rester entièrement défini par ce qui a manqué ou blessé ?
Comprendre ne change pas le passé.
Mais cela peut transformer la manière de continuer à vivre avec lui.
